À toutes celles et ceux qui vivent, créent et s’inspirent des cultures africaines, un constat s’impose : malgré la richesse de nos expressions artistiques et culturelles, une barrière linguistique s’est érigée, limitant leur portée. Aujourd’hui, j’écris cette lettre pour expliquer un choix éditorial qui guidera Kibaru Studio en tant que nouveau média, et surtout un choix politique : je refuse de parler de culture africaine uniquement en anglais. Pas par rejet de l’anglais, loin de là. Cette langue est parlée dans de nombreux pays du continent, elle circule vite, elle connecte les gens à l’international. Mais aujourd’hui, elle domine presque entièrement les récits sur l’art et la culture africains.
Blogs, critiques, archives, magazines, réseaux sociaux : l’immense majorité du contenu culturel africain accessible en ligne est en anglais. Même lorsqu’il s’agit de pays francophones, et que les artistes viennent de Dakar, Bamako ou Alger, ou que le public principal se trouve à Abidjan, Cotonou ou Paris.
Et pourtant, parler de culture, c’est aussi parler d’accès. Montrer ce qui se fait au Nigéria ou en Afrique du Sud, c’est essentiel mais encore faut-il que quelqu’un qui vit au Mali ou en Tunisie puisse le lire, le comprendre, s’y connecter. Aujourd’hui, ce pont n’existe pas. Mon objectif, avec Kibaru Studio , est de le construire.
Je veux que les francophones puissent suivre ce qui se passe à Lagos, à Accra ou à Johannesburg sans avoir besoin de passer par l’anglais. Je veux que les jeunes d’Afrique de l’Ouest, du Maghreb ou des Antilles aient accès à la richesse du continent dans une langue qu’ils parlent, qu’ils lisent et qu’ils vivent au quotidien. Dans une langue coloniale, certes, mais une langue que nous nous sommes appropriée, que nous avons transformée, et à travers laquelle nous pouvons aussi reconquérir nos propres récits.
Ce n’est pas un rejet de l’anglais, c’est une volonté de rééquilibrer. De faire en sorte que l’information, les analyses, les archives, et les nouvelles voix circulent aussi vers les communautés francophones.
À terme, mon rêve est de bâtir un média capable de naviguer entre les langues africaines, les langues coloniales, les voix locales et diasporiques. Mais pour commencer, il faut poser des fondations solides. Et pour moi, ces fondations passent par le français. Parce qu’il est parlé, il est compris et parce qu’il peut devenir un outil de liaison, de transmission et d’ouverture.
Merci de m’avoir lu. Merci de construire ce pont avec moi.
Avec respect,
Ismaël Mallé – Fondateur et Rédacteur en chef de Kibaru Studio
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Kibaru Studio est un magazine qui explore l’art, la mode et la culture africaine à travers un regard archival et contemporain.
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